Echo

Elle est partie, ne laissant dans la maison vide que l’écho de ses pas pressés, un sillage invisible (ses cheveux ondulants), les molécules d’un parfum chaud (sa peau), le souvenir d’un murmure rauque, sa voix chantante.
Elle est partie et tout s’est arrêté. Dans les vases, les fleurs ne respirent plus. Aux murs, les tableaux penchés font grise mine. Le piano ne frémit plus d’une corde. Sur les étagères, les livres s’affaissent dans la poussière. Le chat se terre sous le lit.
Mais quand reviendra-t-elle ? Remplie de ses indices statufiés, momie ébahie, la maison vide retient son souffle, elle ne vit plus que dans l’attente de son retour.
Mais quand reviendra-t-elle ?
Partout où Julien tourne son regard, il ne voit qu’elle, comme s’il n’avait jamais habité ici. Dans le salon, c’est là qu’elle s’asseyait, près de la fenêtre. Souvent, elle poussait la table pour se rapprocher de la lumière du jour. A cet endroit sur le meuble, là où se dessine encore un contour dans la poussière, trônait son petit ordinateur portable tout blanc. Il clignotait la nuit comme un phare, pour dire : « Dormez-bien, jeunes gens, je veille sur vous, vos e-mails et vos relations. »
Dans la chambre, il entend le lit gémir du jour où il s’était effondré de leurs jeux. La maison vacante est remplie des indices de Virginie, au sens linguistique, comme la fumée est l’indice du feu, la larme qui glisse sur la joue celui de la souffrance, la trace de pas sur le sable le signe de quelqu’un venu marcher là, exprès.
Pas de trace sur le parquet de la chambre et, pourtant, Julien y voit encore des pieds nus de danseuse effleurer le sol, glissant comme sur un tapis roulant. Il se souvient de l’air fendu par ces lents mouvements de tai-chi qu’elle exécutait au pied du lit où il paressait encore. « Et là, tu la sens, la cigogne qui prend son envol, tu la vois ? » murmurait-elle dans une drôle de posture exécutée comme dans un film au ralenti. De son regard encore ensommeillé, il finissait par imaginer une silhouette de grand volatile et aujourd’hui encore, de ses yeux tristes, il perçoit une ombre chinoise dans l’espace vidé de ses gestes, rempli de son absence. L’oiseau s’est envolé dans les nuages et le monde autour de Julien, tel qu’il le contemple, n’est plus qu’un néant habillé d’objets sans âmes.
Mais quand reviendra-t-elle ?
Tiens, la voilà, elle était juste partie acheter des cigarettes.
Le cinéma qu’on se fait parfois, c’est dingue.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s